Ma rencontre avec Ely ould Mohamed Vall …». Un livre de Gaston Kelman (Extraits choisis par Yadaly Fall)

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 Ma rencontre avec Ely ould Mohamed Vall …». Un livre de Gaston Kelman (Extraits choisis par Yadaly Fall) dans article ely_0001J’ai rencontré le président Ely Ould Mohamed Vall à plusieurs reprises. Nous avons confronté nos visions de la tradition, de l’ethnicité, de l’esclavage et de la colonisation. Nous avons parlé de la bonne gouvernance, de la démocratie, du développement et de la méthode que devraient adopter toutes les nations pour y parvenir.

De ces rencontres, a germé en moi l’idée de laisser une trace écrite. Il a accepté. Sans rien me demander, sans rien suggérer, ni sur la forme, ni sur le fond. Ce livre n’est ni hagiographie, ni biographie. Ce n’est pas une chronique historique ni un travail de journaliste. N’y cherchez aucune rigueur intellectuelle.

Tout en restant objectif – du moins je l’espère –, j’y affiche clairement mon admiration pour un homme qui m’a paru admirable en tous points. J’ai habitué mes lecteurs à être plutôt un pourfendeur d’une certaine idée de l’Afrique pour être suspect de complaisance. Je décris ce que j’ai observé. Tout peut rebasculer demain, cela ne changera rien à ce qui s’est passé et que j’ai pu observer.

On pourrait parler d’un coup de cœur à un moment de ma réflexion sur l’Afrique, un coup de cœur pour un homme de pensée, de parole et d’action, un homme d’État, et une expérience politique réussie, un coup de cœur pour un pays et un peuple. C’est donc tout modestement la confrontation de ma pensée à la vision et à l’action d’un homme d’État exceptionnel. « Ce que j’ai fait tout Mauritanien aurait pu le faire. C’était tout simplement le bon moment. » Certes, mais ce que vous avez fait, monsieur le président, « jamais aucune bête ne l’aurait fait »

Le coup d’État qu’il a organisé contre le régime autoritaire mauritanien, l’instauration des fondements d’une vraie démocratie, l’organisation d’élections auxquelles il ne prendra pas part, ses réflexions sur l’avenir et les chances de l’Afrique, sont pour Gaston Kelman autant de signes avant-coureurs d’une nouvelle histoire africaine.

Quand j’ai rencontré le président de la Mauritanie, Ely Ould Mohamed Vall. Après avoir conduit un coup d’État le 3 août 2005, ce colonel avait promis d’instaurer la démocratie et de remettre le pouvoir à un gouvernement civil démocratiquement élu. Déjà, prouesse unique dans les annales des coups de force en Afrique, il avait réussi le sien sans la moindre goutte de sang, sans qu’un coup de feu soit tiré, sans qu’il soit besoin de recourir au couvre-feu ou à l’état d’urgence.

Le 19 avril 2007, il quittait le pouvoir, après avoir organisé avec succès un référendum pour la révision de la Constitution, des élections présidentielles – il avait imposé que ni lui, ni aucun des dix-sept membres de sa junte militaire ne se portât candidat –, législatives et municipales dont tout le monde – population locale, opposition comprise, et observateurs internationaux – dit qu’elles ont été un modèle mondial de démocratie.

Cette courte transition de dix-neuf mois a permis aussi la conduite d’importantes réformes institutionnelles, économiques et sociales. Ironie du destin – mais aussi et surtout, repère historique pour les analystes et les générations futures –, au même moment, dans d’autres pays d’Afrique, les choses s’en allaient bien différemment. »
 

Article paru dans le veridique N°170 sur le livre de Ely Vall



Politique : Les hirondelles du printemps africain

« Ma rencontre avec Ely Ould Mohamed Vall, le père de la démocratie mauritanienne. »

Question : Pourquoi un livre sur le président Ely ? Comment vous est venue cette idée ?

Gaston Kelman : Depuis un certain temps, je mène une réflexion sur le devenir de l’Afrique. Je suis arrivé à la conclusion que l’Afrique n’existe pas. Il est si difficile à quiconque de définir cette entité. On entend souvent dire l’Afrique et le Maghreb. Pour certains, l’Afrique, c’est le pays de l’ethnie des Noirs. D’autres en parlent comme d’un village. Très peu la voient comme un continent. L’Afrique n’existe pas parce qu’elle ne se décrète pas et qu’il faut la construire comme l’Europe ou les Etats-Unis. Ces grands groupes se définissent non pas par la seule histoire, non par une fraternité aussi artificielle que colorielle, mais comme un club de nations ou d’états modernes et forts.

L’Europe s’est construite autour des nations fortes. Aujourd’hui, cette entité qui a commencé avec six membres, évolue au quotidien par la cooptation de nations fortes. Elle est dotée d’une constitution, d’un drapeau, d’une monnaie, d’un hymne. Elle ne connaît pratiquement plus de frontières. Elle est soudée par divers échanges matériels et immatériels. N’y entre pas qui veut, mais qui en est digne.

L’Afrique ne peut pas se décréter. Elle doit se construire avec des nations fortes comme l’Europe. L’Afrique, je le répète ne sera crédible que quand elle sera un rassemblement de nations cooptées sur la base de critères rigoureux : démocratie (avec éventuellement la limitation des mandats), bonne gouvernance (c’est-à-dire sans népotisme ni corruption institutionnalisés), réelle unité nationale ce qui exclu les pays en guerre civile. Ensuite je me suis dit que la construction de ces nations devait être prises en charge par des états dignes de ce nom. Je constate que l’échec de la construction de nations fortes a ramené certains pays africains à des agrégats de tribus plus ou moins hétéroclites.

A ce niveau de ma réflexion, je me suis dit que cette révolution – car c’est bien de révolution qu’il s’agit – ne pouvait être faite que par des hommes providentiels, hirondelles du printemps africain, qui accepteraient de nettoyer les écuries d’Augias des angoisses existentielles, des mythes et des faiblesses des nations africaines. Je pensais à ce que Nelson Mandela avait réussi en Afrique du Sud.

Au moment où cette analyse mûrissait en moi, il y a eu l’action d’Ely Vall en Mauritanie. Le destin est vraiment généreux et l’adage a raison qui dit : « aide-toi et le ciel t’aidera ». La Mauritanie, je m’en rendrai compte plus tard, est un véritable condensé de l’Afrique humaine, où les races, les situations sociales et ethniques, les métissages, sont d’une puissance et d’une harmonie exceptionnelles. En étudiant donc la Mauritanie d’Ely Vall, j’étudiais d’une certaine façon, toute l’Afrique.

Au début, je n’avais pas d’objectif précis. Je ne savais si j’allais écrire un article, faire un  reportage ou juste engranger des idées qui illustreraient ou éclaireraient plus tard, une analyse plus générale sur l’Afrique. Mais la rencontre de l’homme a fait le reste et j’ai décidé mais bien tard d’ailleurs de faire un livre, pas sur l’homme, il ne le voulait pas vraiment, mais en confrontant son action et sa vision du monde à mon analyse.

Comment  pouvez-vous appeler  un colonel auteur d’un coup d’état « le père de la démocratie » ?

Gaston Kelman : Je pourrais vous répondre sincèrement et calmement que je ne sais pas où vous voyez le coup d’état. Comme son nom l’indique, un coup d’état implique de la violence. Je pense tout le temps que les élections truquées qui dépossèdent le peuple de son droit à la démocratie, que ces élections sont des coups d’état parce qu’ils impliquent une forte charge de violence. Souvent même, il y a des morts. Ely Vall a utilisé un processus qui n’a donné lieu à aucune violence, à aucune privation de droits et de libertés, même symbolique, même temporaire.

Il n’y a pas eu de coup de feu. Il n’y a pas eu de couvre-feu ni d’état d’urgence. Il n’y a pas eu d’emprisonnement. Alors, ce processus, s’il se reproduit comme je le souhaite, je vous promets que je lui trouverai un nom. Mais je crains que cette expérience qui a conduit à un processus exceptionnel, ne reste unique dans les annales de l’histoire universelle. Et rien que pour cela, je suis fier d’avoir rencontré l’homme qui a créé cette action unique et ce qu’il a mis en place, on ne peut lui trouver un autre nom que démocratie. Et j’insiste sur l’expression démocratie mauritanienne parce qu’elle est unique et qu’elle peut servir de modèle comme la déclaration des droits de l’homme en France a servi de modèle à la déclaration universelle.

Quel trait vous a le plus  marqué  au  cours de vos rencontres avec le président Ely ?

Gaston Kelman : C’est son humanisme et sa vision du monde. La modestie de cet homme m’a parfois agacé. Il refusait systématiquement que je le mette en avant. Il n’avait de cesse de penser à ceux qui sont au pouvoir. Il disait comme un refrain : ce que j’ai fait, tout Mauritanien à ma place l’aurait fait. Ce qui m’a le plus marqué en fait, c’est sa vision du monde.

Cet homme n’est pas un homme d’action, en tout cas pas seulement. C’est un authentique humaniste, de cet humanisme qui conceptualise, qui a une vision du monde et qui ne passe à l’action que parce qu’il y est obligé. Le pouvoir et l’action deviennent  des moyens, pas des objectifs. Et je peux vous assurer que cette abnégation est si rare que l’on a inventé la démocratie pour que l’homme ne puisse être ramené à sa vraie dimension, ne prenne pas le pouvoir comme une fin.

Quelles différences avez-vous  remarqué entre  Ely le Président au pouvoir et Ely  en dehors du pouvoir après la fin de la transition ?

Gaston Kelman : Vous savez, je ne l’ai pas connu au pouvoir. La première fois que je suis arrivé en Mauritanie, c’était une ou deux semaines avant sa passation de pouvoir. Mais, me revient toujours à l’esprit, son humanisme au pouvoir et hors du pouvoir. Il a accepté de me recevoir dans son palais présidentiel, sans même me poser des questions sur mes objectifs. Il a accepté de me faire une place sous sa tente bédouine, sans me demander ce que je faisais là, juste le désir de rendre service au petit chroniqueur que j’étais.

Y a-t-il quelque chose dans vos entretiens avec  le président Ely que vous avez censuré en écrivant. Si oui pourquoi.

Gaston Kelman : J’avais un parti pris éditorial : montrer ce qui peut être fait, vite et bien, avec la volonté politique, avec un homme providentiel. Je n’allais pas moi aussi m’appesantir sur le passé, ses problèmes, ses séquelles et ses mythes. Beaucoup l’ont fait et c’était bien à un moment donné, mais aujourd’hui, on doit passer à autre chose.  En cela, Ely Vall m’a beaucoup aidé avec sa foi en l’homme. Chaque fois que son peuple était en cause, il mettait en avant les aspects positifs du métissage social et culturel mauritanien. Je parle ici des problèmes ethniques qui émaillent les analyses sur la Mauritanie.
 
J’ai beaucoup apprécié son éclairage qui m’a été d’une sacrée utilité pour comprendre l’harmonieux métissage qui se tisse au sein du peuple mauritanien depuis des siècles, là où beaucoup de nationaux et d’observateurs exacerbent les problèmes ethniques. Nous avons eu des divergences quand il a voulu me faire abandonner certaines citations de presse que je lui rapportais, notamment sur les personnes qui sont ou ont été au pouvoir. Puisque je ne portais pas de jugement et que je reprenais ce que les journaux avaient étalé à la portée de tout le monde, je lui ai résisté. Aucune personne n’a été visée dans ce livre. Ce n’était pas le but.
 
Je le dis pour certains noms qui paraissant ici ou là. J’ai voulu raconter ma rencontre avec un homme que j’ai appris à admirer et à respecter. J’ai conservé ma liberté d’écrivain. Je ne me suis pas censuré. Je n’ai pas eu à le faire, car le parti pris était clairement énoncé dès les premières lignes.

Propos recueillis par Yedaly Fall

Note: Info source : Le Véridique (Mauritanie)

 

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