Bilinguisme et langue officielle : La grande confusion

 

Bilinguisme et langue officielle : La grande confusion dans article ELY222_02Lorsque l’on parle, de réforme de tout système éducatif, les yeux sont braqués sur la langue. C’est autant dire qu’ils ne peuvent la voir que si on la tire. Mieux encore on l’étale .

« Uniglottes« , « biglottes« , « polyglottes » se font un devoir de penser que sans la langue, il n y a pas de salut au palais de la connaissance. Mais quelle langue, faut-il tourner sept fois dans sa bouche avant d’en user ?

La langue est d’une importance capitale. Elle est le vecteur de la connaissance et du savoir. Le débat actuel autour de la langue est biaisé par le fait que si la réponse recherchée est bien claire, les questions par contre sont très mal posées.

Ainsi la question : « Pourquoi ne veut-on pas du bilinguisme en Mauritanie dans l’éducation nationale » est extrêmement mal posée.

Et sa réponse pour la redresser ne peut-être que : « toute personne douée de raison et de culture ne peut nier que le bilinguisme se doit d’être institué dans l’éducation en Mauritanie. » Il y va de la survie et du développment même du pays. L’enfermement linguistique est aussi fatal aux civilisations que le papier à mouche, aux mouches.

L’Ecole mauritanienne se doit de former les générations mauritaniennes dans toutes les langues. Les langues sont les clefs fondamentales du renforcement et de la compréhension entre les peuples et les nations .

Que le législateur impose d’enseigner dans nos écoles, le français, l’anglais ou toute autre langue européenne ou asiatique est en soi une initiative à saisir au vol. Les seuls critères dans le choix prioritairement de l’enseignement de ces langues sont :

- Leur intérêt pour la coopération et le dialogue avec les autres pays et prioritairement avec-nos pays africains frères frontaliers ou lointains. Ainsi dans ce cas le français et l’anglais, d’abord, mais aussi l’espagnol et le portugais s’imposent d’eux-mêmes.

- L’apport pour le dialogue et la collaboration avec les autres nations du monde et surtout celles qui ont des relations historiques avec notre pays et auxquels lient des accords de coopération judiciaires, économiques et financiers. Le français et l’anglais s’imposent encore, à côté de langues de pays qui prennent une dimension exponentielle dans l’économie mondiale, telle que la Chine.

- L’apport pour la compréhension et la défense des intérêts du pays face aux institutions financières publiques, nationales et internationales (Système financier et monétaire international, institutons de Bretton Woods ). L’anglais est là une langue très importante.

- L’apport au rayonnement économique et culturel du pays, qui ne peut se faire qu’en passant d’abord par la langue et la culture des autres. On ne promeut pas sa culture en usant de sa propre langue. Dans cette optique, l’enseignement de toutes langues, notamment celles des Nations-Unies s’impose par elle-même.

En definitive oui, l’école Mauritanienne se doit d’être principalement bilingue. Accessoirement trilingue ou polylingue, les limites ne doivent être que l’intérêt que revêt l’enseignement ou l’apprentissage de telle ou telle langue pour le pays, tel que souligné dans les points précedents.

Toutefois, il ne faut pas confondre bilinguisme (ou polylinguisme) de la nation et le monolinguisme officiel de l’Etat.

- Le bilinguisme de la nation sauvegarde et développe les intérêts économiques, sociaux, culturels et internationaux spécifiés.

Le monologuisme officiel de l’Etat sauvegarde et protége la cohésion et la continuité des institutions administratives de l’Etat. En assurant, l’uniformité de la langue de travail, de la langue de communication et la compréhension de tous de l’action des autorités publiques.

Lorsque la constitution dispose que la langue officielle de l’Etat mauritanien est la langue arabe. Cela signifie que les actes publiques, les interventions publiques en sommes le vecteur de la communication de l’Etat avec ses citoyens est la langue arabe.

En effet, sans une langue officielle commune, c’est à la fois le dédoublement des actes, c’est l’incompréhension linguistique entre les acteurs publics . Celui-ci parlant le français ou l’anglais celui-là parlant l’arabe et personne ne peut emettre un acte matériel (documents administratifs et officiels) ou engager une communication compréhensible par l’autre

Et la bonne justice impose que tous les citoyens soient traités également à travers les actes officiels qui les concernent dans une transparence que la pluralité des actes, leur traduction si elle est engagée mettra certainement en cause

Aussi si pour arriver à l’unité du système administratif et d’information de l’Etat et pour désigner quelle sera la langue officielle de l’Etat mauritanien, ce sera incontestablement la langue arabe

N’est’il pas curieux, en effet, que sur les plateaux dans nos medias officiels, le journaliste pose des questions en français au négromauritanien (ou au maure qui ne comprend pas l’arabe) qui répond en français et au maure (ou au négromauritanien qui ne comprend pas le français) des questions en arabe et réponde en arabe .

Le premier ne comprenant pas ce que dit le second et inversement et l’auditeur ne comprendra que la moitié du débat et peut-être moins. Mettons cela à l’échelle de l’Etat et l’on pourra saisir l’ampleur de la catastrophe pour la Nation.

Avoir une langue commune de dialogue à l’echelle officiel est un impératif. Il y va de la compréhension et de la cohésion de tous, mais aussi de la bonne gouvernance.

Et quelle langue s’impose le mieux dans le contexte mauritanien ? Il ne fait pas de doute que c’est la langue arabe pour des considération multiples que l’on a développé dans un article précédent (voir mon article à cette adresse : Pour une Mauritanie plurilingue : esquisse d’une solution. haut-et-fort.blogspot.com/2007/09/pour-une-mauritanie-plurilingue.html )

Mais, si au vu des élèment évidents développés l’arabe doit jouer son rôle de langue officielle, la question fondamentale est : pourquoi remet-on en cause de cette langue comme langue officielle de l’Etat mauritanien?

Si l’on simplifie , l’on peut dire que les raisons à cela peuvent être ramenées au rattachement de cette langue , consciemment ou inconsciemment, à :

- un courant politique
- un courant extrémiste
- une volonté d’assimilation
- un mouvement rétrograde

1. Le rattachement de l’arabe à un courant politique

Lorsque l’on examine les argumentaires de ceux qui rejettent la langue arabe, on y retrouve une référence explicite aux mouvements militants ou panarabes pour lesquels l’arabe est la langue du pays tout entier. Les Nasséristes , les Baathistes , pour ne citer que ceux-là placent l’adoption de la langue arabe au centre de leur lutte.

Les dernières années qu’à vécues le pays , notamment celle d’une arabisation à outrance et forcénée souvent appuyée par ces mouvements panarabes ou par ceux de leurs girons, a imprimé à ceux-là même qui refusaient l’arabe, un argumentaire supplémentaire pour la rejeter. La violence avec laquelle cette langue a été introduite dans le système éducatif et les exclusions qu’elle a engendrées, n’ont pas été favorables à son acceptation.

Ceux qui ont mis en place ces réformes, l’ont fait loin de toutes considérations pour le pays et le respect des idéaux de la population. Ils ont mal servi la langue arabe sur une terre sur laquelle elle est, elle-même, un symbole de tolérance.

Ceux qui pronaient l’intolérance des « arabes » de Mauritanie et leur politique agressive dans la gestion de l’Etat ont trouvé un filon inépuisable qui leur a permis de s’inscrire en faux par rapport à cette politique, d’en faire un cheval de bataille par lequel souvent ils s’en sont servi pour émouvoir la communauté internationale.

Voici le premier tableau négatif. La stratégie d’enseignement de la langue arabe de ces dernières années a d’autant été rejetée qu’elle a encore ternie celles à venir.

2 . Le rattachement de cette langue à un courant extrémiste

Ce n’est pas l’air du temps qui démentira. Tous ceux qui ont commis des attentats extrémistes en Mauritanie sont des arabes. Les arabes et par assimilation, les « arabisants » sont donc dangereux. La langue arabe c’est la langue de l’extrémisme. C’est le 11 septembre de l’éducation.

Pourquoi apprendrions-nous à nos enfants une langue qui est celle des extrémistes. Ne serait-elle pas une langue qui développe en elle-même un syndrome d’intolérance et de violence ? Idées occidentales développées à la veille d’un certain attentat et qui inconsciemment peuplent le sommeil de ceux qui n’en sont pas encore reveillés.

Simplification hasardeuse des choses qui prend sa source dans une désinformation généralisée qui, malheureusement, est confortée par la réalité amère et violente de ces derniers jours.

Mais la langue arabe, n’a jamais été la langue de la violence . C’est une langue de paix et de tolérance. Et il n’est point ici utile de rapporter le flot infini des humanités de cette langue qui couvre des siècles et des siècles de ressources inépuisables. Ce serait une offense aux esprits de la civilisation universelle. Ce serait en effet, un irrespect manifeste vis-à-vis à cette langue et des civilisations millénaires qu’elle a engendrées que de s’échiner à montrer ses vertus et ses richesses.

3. Le rattachement à une volonté d’assimilation

Ce que craint toute culture c’est qu’elle ne soit assimilée par une autre plus importante ou plus puissante dans son rayonnement humain ou géographique. La disparition d’une culture est toujours un drame pour l’humanité. Ceux qui rejette la langue arabe comme langue officielle, craignent cette assimilation qui est interprétée dans le sens de l’affaiblissement de leur culture et en fin de compte à sa disparition face à une culture dominante véhiculée par la langue arabe. Cette attitude est-elle justifiée on pense bien que non. En effet, les langues nationales se devant d’être enseignées et développées ne perdront ainsi ni leur place ni leur importance dans l’espace culturel national.

Au contraire elle s’enrichireront mutuellement et rempliront le rôle qu’elle ont toujours joué : le dialogue. Et lorsque le dialogue existe, il n’ y a point d’assimilation mais enrichissement par les différences. Toute l’histoire de la sous-région a montré que les langues et les cultures ont toujours coexisté. Et cette affirmation d’assimilation n’a pris son essor que face à l’instrumentation de la langue arabe par des régimes et des groupes politiques qui en porté moralement, physiquement et matériellement préjudice à la constituante négro-africaine mauritanienne ont accrédité cette liaison entre langue arabe et assimilation.

Or ni la langue arabe n’est véhiculatrice d’assimilation , ni les cultures des différentes communautés mauritaniennes n’en sont dans un situation d’assimilation les unes des autres mais depuis toujours dans un mouvement perpétuel d’enrichissement mutuel. En faisant disparaître la crainte générée par des pratiques politiques récentes, on réajustera l’attitude des uns et des autres face à la langue arabe.

4. La langue arabe engendrerait un mouvement rétrograde

S’il est une attitude des plus injustifiées et qui met dans le ridicule absolu ceux qui l’adoptent est celle de considérer que la langue arabe est une langue rétrograde. Une langue qui ne sied ni au développement ni à l’ouverture sur les sciences et le savoir modernes . Et par conséquent sont adoption dans le système éducatif ou en faire une langue officielle constituera un handicap au développement du pays et à son ouverture sur le monde. En somme la langue arabe est un frein au modernisme.

Le ridicule d’un tel raisonnement n’a d’équivalent que le dégré d’ignorance, de la langue arabe elle-même et de la civilisation arabe, dans lequel se trouvent ceux qui le tiennent

Tout cet espace ne suffirait pas à démontrer l’amplitude de cette erreur, mais une chose est certaine, la langue arabe est un vecteur certain de développement , de modernisme et il ne tient qu’à ceux qui l’utilisent de rejeter toute volonté de réduire son rayonnement national et international.

Et quelle meilleure illustration pourrions-nous trouver pour conclure que ces vers du poête Hafedh Ibrahim faisant « s’exprimer » la langue arabe sur les faiblesses qu’aujourd’hui , à tort, on lui porte :

 

رَجَـعْتُ لـنفسي فـاتَّهَمْتُ حَـصَاتي ** ونـاديتُ قَـوْمي فـاحْتَسَبْتُ حَـيَاتي

رَمَـوْني بـعُقْمٍ فـي الشَّبَابِ وليتني ** عَـقُمْتُ فـلم أَجْـزَعْ لـقَوْل عُدَاتي

وَلَـــــــدْتُ ولـمّا لـم أَجِـدْ لـعَرَائسي ** رِجَــالاً وَأَكْـفَـاءً وَأَدْت بَـنَـاتي

وَسِـعْتُ كِـتَابَ الله لَـفْظَاً وغَـايَةً ** وَمَـا ضِـقْتُ عَـنْ آيٍ بـهِ وَعِظِاتِ

فـكيفَ أَضِـيقُ اليومَ عَنْ وَصْفِ آلَةٍ ** وتـنـسيقِ أَسْـمَـاءٍ لـمُخْتَرَعَاتِ

أنـا الـبحرُ فـي أحشائِهِ الدرُّ كَامِنٌ** فَـهَلْ سَـأَلُوا الغَوَّاصَ عَن صَدَفَاتي

فـيا وَيْـحَكُمْ أَبْـلَى وَتَبْلَى مَحَاسِني ** وَمِـنْكُم وَإِنْ عَـزَّ الـدَّوَاءُ أُسَـاتي

فــلا تَـكِـلُوني لـلزَّمَانِ فـإنَّني ** أَخَــافُ عَـلَيْكُمْ أنْ تَـحِينَ وَفَـاتـــــــي

أَرَى لـرِجَالِ الـغَرْبِ عِـزَّاً وَمِـنْعَةً ** وَكَــمْ عَــزَّ أَقْـوَامٌ بـعِزِّ لُـغَـــــــاتِ

أَتَــوا أَهْـلَهُمْ بـالمُعْجزَاتِ تَـفَنُّنَاً ** فَـيَـا لَـيْـتَكُمْ تَـأْتُونَ بـالكَلِمَـــــــاتِ

أَيُـطْرِبُكُمْ مِـنْ جَـانِبِ الغَرْبِ نَاعِبٌ ** يُـنَادِي بـوَأْدِي فـي رَبـيعِ حَـيَاتي

وَلَـوْ تَـزْجُرُونَ الـطَّيْرَ يَوْمَاً عَلِمْتُمُ ** بـمَا تَـحْتَهُ مِـنْ عَـثْرَةٍ وَشَـتَـــــاتِ

سَـقَى اللهُ فـي بَطْنِ الجَزِيرَةِ أَعْظُمَاً ** يَـعِـزُّ عَـلَـيْهَا أَنْ تَـلِينَ قَـنَاتـــــي

حَـــــــفِظْنَ وَدَادِي فـي الـبلَى وَحَفِظْتُهُ ** لَـهُـنَّ بـقَـلْبٍ دَائِــمِ الـحَسَرَاتِ

وَفَاخَرْتُ أَهْلَ الغَرْبِ، وَالشَّرْقُ مُطْرِقٌ ** حَـيَـاءً بـتلكَ الأَعْـظُمِ الـنَّخِرَاتِ

أَرَى كُــلَّ يَـوْمٍ بـالجَرَائِدِ مَـزْلَقَاً ** مِــنَ الـقَبْرِ يُـدْنيني بـغَيْرِ أَنَــــــــــاةِ

وَأَسْـمَـــــعُ لـلكُتّابِ فـي مِصْرَ ضَجَّةً ** فَـأَعْـلَمُ أنَّ الـصَّـائِحِينَ نُـعَـاتـــــي

أَيَـهْجُرُني قَـوْمي عَـفَا اللهُ عَـنْهُمُ ** إِلَــى لُـغَـةٍ لـم تَـتَّصِلْ بـــــــــــرُوَاةِ

سَـرَتْ لُوثَةُ الإفْرَنْجِ فِيهَا كَمَا سَرَى** لُـعَابُ الأَفَـاعِي فـي مَـسِيلِ فُرَاتِ

فَـجَاءَتْ كَـثَوْبٍ ضَـمَّ سَبْعِينَ رُقْعَةً ** مُـشَـكَّـلَةَ الأَلْــوَانِ مُـخْـتَلِفَـــــــاتِ

إِلَـى مَـعْشَرِ الـكُتّابِ وَالجَمْعُ حَافِلٌ ** بَـسَطْتُ رَجَـائي بَـعْدَ بَسْطِ شَكَاتي

فـإمَّا حَـيَاةٌ تَـبْعَثُ المَيْتَ في البلَى ** وَتُـنْبتُ فـي تِـلْكَ الـرُّمُوسِ رُفَاتي

وَإِمَّــا مَـمَـاتٌ لا قِـيَامَة بَـعْدَهُ ** مَـمَاتٌ لَـعَمْرِي لَـمْ يُـقَسْ بمَمَاتِ

Sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n y a pas de nation.

Pr ELY Mustapha

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