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Une attente sans fin

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« Nous ne sommes pas revenus pour recommencer le même cycle de souffrance, nous ne voulons pas être des éternels assistés mais demandons que le minimum vital nous soit fourni ;

Huit mois après leur retour au terroir la majeure partie des rapatriés vivent dans une précarité extrême. Seules les deux premières vagues ont  été l’objet d’une attention particulière.

Les autres ont eu à faire un véritable chemin de croix pour obtenir le minimum vital.

Les structures d’accueil sont vétustes et le sur le plan de la santé et de l’éducation beaucoup reste à faire. Quelque part  le mécanisme s’est grippé ; ou les choses ont été faites avec improvisation, car on ne peut justifier  ces disfonctionnements autant chez le HCR que le PAM. Quant à l’ANAIR elle a brillé par sa lenteur , si pour la première vague elle pouvait justifier son retard  car elle n’existait que sur papier aujourd’hui tel n’est pas le cas et elle se devait d’être à la pointe du combat.

Au site Rosso lycée (sis entre la ville et le village de Tounguène) les conditions sont dramatiques. Le responsable du site Bocar Mbodj (photo) nous livre ici sans détour la réalité de cette misère.

«  Nous vivons dans une situation d’extrême précarité. : Les bâches qui étaient initialement utilisées  comme abris de fortune d’urgence qui devaient être remplacées par des hangars sont toujours maintenues  or l’hivernage et les fortes chaleurs les ont largement endommagé et les rendent inutilisables. En plus le HCR complique la situation en arrêtant le plancher de 4 éléments comme taille minimale de la famille pour l’accord d’un hangar. Cette attribution est discriminatoire. Dans ce site 10 familles sont exclues car elles ne remplissent pas ce critère. Je vais vous donner un exemple de l’absurdité de ce critère. Ici se trouve avec nous un jeune homme qui a été déporté avec sa maman, cette dernière s’est mariée et a eu d’autres enfants. Avant le retour au bercail la maman décède et le père (qui est lui sénégalais) garde les enfants. Le jeune homme décide lui de rentrer au pays  mal lui en pris car aujourd’hui il est tout seul  sans  bâche rien dans un dénuement total. Il faudrait que le HCR, les autorités et tous les partenaires dans l’opération revoient leurs copies.

Pour les constructions le HCR  y a mis fin invoquant le manque de moyen à la place désormais c’est un hangar qui est donné. Mais le problème c’est la restriction de distribution des permis d’occuper et la lenteur administrative, il nous a fallu aller jusqu’à Nouakchott pour  débloquer la situation. Pour la construction d’une chambre de 5 m x 6 m par famille, certains paramètres ne sont pas pris en charge. Comment voulez vous qu’un père, ses enfants ses belles filles soient tous réunis sous le même toit ?

Les latrines devant accompagner les habitat se font toujours attendre (elles coûteraient plus chers que les chambres) celles de fortunes mises en place sont inadaptées construites à la dimension d’un  baril de 200 litres enfoui dans le sol.

La couverture sanitaire est inexistante depuis notre arrivée nous n’avons jamais reçu la visite des autorités sanitaires. Les urgences sont évacuées aux soins des patients ou leurs parents et amis. Nous avons soumis le problème au HCR qui dit ne pas être concerné ; l’ANAIR affirme avoir donné un lot de médicament dans le cadre du programme d’urgence mais ce lot s’est perdu. Le rapport de la mission parlementaire note que les médicaments octroyés par les organisations caritatives ou organismes tels que l’OMS, l’UNICEF ou autres sont détenus par les DRASS sans parvenir aux destinataires qui sont les rapatriés.

Les ordonnances délivrées à l’issue  des consultations sont à notre charge.

Les rations alimentaires distribuées par le HCR par l’intermédiaire de ALPD sont  inadaptées aux habitudes culinaires et insuffisantes en quantité. L’assistance alimentaire est prévue pour trois mois et au bout de cette période elle n’est renouvelée qu’à hauteur de 50 %. Les denrées offertes ont changé et à la place du riz on donne du blé. Aujourd’hui le quota  donné par le PAM est épuisé et aucun projet porteur  n’est en vue.

Il est vrai que des actions ponctuelles sont effectuées par l’ANAIR pour nous soulager mais il serait souhaitable que les actions de l’agence soient axées sur des projets qui puissent nous permettre de nous auto gérer, nous ne pouvons être des éternels assistés.

 La phase d’insertion étant en retard, toutes les forces vives sont au chômage et n’arrivent à mener aucun effort aidant à compléter leurs besoins primaires, surtout alimentaires.

 Etat Civil :

 En dehors de la première vague qui a reçu ces cartes d’identité à l’issue d’une semaine de leur retour, tous les autres contingents sont en attente de leurs pièces d’identité.

L’établissement de la nationalité est un casse tête pour beaucoup de rapatriés, à cause de l’obligation de la présentation de la pièce de l’un des parents qui est le plus souvent introuvable par décès de ces derniers et la destruction des archives de référence.

Or l’article 16 des accords tripartites stipule que les documents d’état civil doivent être délivrés dans la période de 3 mois après le rapatriement. Tous ces points sont restés lettres mortes.

 Education :

La prise en charge des enfants des rapatriés, les cours de rattrapage en arabe qui devaient être organisés par l’ANAIR est toujours en suspens. D’ailleurs sur notre site nous avions deux enfants l’un faisait le lycée l’autre le collège et jusqu’à présent ils sont considérés comme des auditeurs libres faute d’un matricule national.

 Foncier

Ce problème comme celui des documents de l’état civil reste encore entier et d’ailleurs il est source des tensions, l’exemple de SAPO DOKI est révélateur de ces frictions. Et dans son rapport la mission parlementaire a souligné que : Ce dossier constitue le casse tête des autorités qui risqueraient de fragiliser la cohabitation pacifique dans la vallée entre les rapatriés et les populations que l’administration avait installées dans les propriétés des déportés. Ces problèmes intéressent toutes les populations du Sud (les nouveaux rapatriés, les rapatriés volontaires avant 2000, les populations qui n’ont jamais été déportées), bien que les premiers restent plus vulnérables que les autres. Les terres de la chémama ont connu des expropriations successives depuis l’adoption de la loi foncière 83 127 du   03 juin 1983 portant    réorganisation foncière et domaniale, qui se sont  accentuées avec les mouvements de déportation en 1989 et la récupération de toutes les terres vacantes. Beaucoup de périmètres ont changé  de propriétaires par spéculation. Certaines localités se trouvent étrangler sans espace vital (ex : Keur Madikke entouré par la digue du périmètre de Ould Ghaddour  qui lui a été vendu par Ould Amar Chein), parfois obligées de se délocaliser pour être réinstallées ailleurs loin de leurs propriétés traditionnelles   dans le Diéry( ex : rabbany, périmètre aménagé de  916 ha s avant la déportation et 250 ha en jachère expropriés par les privés).La restitution de ces terres expropriées constitue une étape fondamentale pour l’insertion des rapatriés cultivateurs ; et début de règlement des problèmes de fond de la déportation.

 

Pour la réinsertion, l’indemnisation et la réparation des préjudices  consistant à l’élaboration de programmes, le financement des activités génératrices de revenus au profit des rapatriés.

L’ANAIR qui devait être l’institution d’exécution de ces projets, est en retard dans la mise en œuvre. Les tâches exécutées jusqu’à présent se confondent à des actions d’urgence pour lesquelles, il y a absence totale de concertation avec les bénéficiaires.

Des demandes récurrentes sont avancées par les rapatriés, sur les mesures avancées par l’administration pour l’indemnisation des biens spoliés, confisqués ou perdus durant la déportation. Ces biens touchent les terres occupées ou expropriées, les bétails laissés derrière eux, les biens mobiliers et immobiliers, les biens privés personnels   et  pour les fonctionnaires le règlement de leurs situations administratives, la réintégration dans leurs fonctions antérieures ou une réinsertion convenable dans la vie active.

Mais ce volet lui aussi est relégué aux calendes grecques.

Bref les problèmes auxquels nous faisons face sont énormes et à mon avis les rapatriements ne doivent reprendre que si les infrastructures de base peuvent être assuré correctement. Parce que à l’heure actuelle le nombre de rapatriés est  de 1529 ce qui constitue la moitié du contingent attendu.

Le mot de la fin serait pour nos frères qui ne sont pas encore venus nous leur disons de temporiser que la situation actuelle n’est pas viables.

Toutes ces confusions nées d’une situation provoquée par des mauvaises volontés méritent des réponses et des explications claires pour que les d’efforts et les concertations ne soient pas insignifiants. »

Propos recueillis par

Amadou ndiaye

Cp/rosso

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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