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Montesquieu ou Machiavel?

Lettres et déclarations: que va-t-il en rester?

Lorsqu’un coup d’Etat arrive, les Etats et les organisations internationales prennent position et cette position transparaît à travers le discours que leurs représentants tiennent. Et ils mettent dans leurs propos un cynisme qui n’est pas sans nous rappeler ce qu’est le véritable visage de la « communauté internationale ».

La communauté internationale est davantage guidée par l’intérêt que par la légalité. Les Jeux olympiques en chine qui se déroulent dans un pays qui viole toutes les conventions en matière de droits de l’Homme en est l’exemple le plus immédiat et l’invasion de l’Iraq et l’occupation de la Palestine en sont ceux les plus médiats. Et les exemples sont nombreux.

L’avènement du putsch, s’est accompagné, comme à l’accoutumée en pareilles circonstances d’un bouquet de déclarations provenant de partout. Celles qui condamnent vraiment, celles qui supportent clairement et celles qui jouent sur les mots.

Pour plus de clarté et pour éviter la confusion dans les esprits, nous pouvons donc classer ces réactions dans les catégories suivantes :

Première catégorie de déclarations : les condamnations sans équivoque.

Ce premier lot se caractérise par la clarté de la décision et la position ferme et sans détour. Ces déclaration sont du type : « Nous condamnons fermement le coup d’Etat (ou de force) intervenu en Mauritanie et nous demandons le retour immédiat à la légalité et la libération sans conditions du Président de la République et de son Premier ministre et leur intégration dans leurs fonctions. »
Cette déclaration la plus rigoureuse et la plus claire a été celle :
- Du Nigéria
- Du Canada
- Du Bénin
- Des USA
- De la France
- De l’Union Européenne
- Du collectif des cadres expatriés mauritaniens (CCME)
- De ressortissants mauritaniens aux Etats-Unis
- Des intellectuels et cadres mauritaniens à l’étranger
- Des organisations suivantes : AFMAF , APP , AVOMM , CAMME , CSDM , GREM, OCVIDH , OTMF , UFP, FLAM
- De l’Internationale socialiste
- De l’Union Africaine
- DE la CEDEO
- Les ressortissants mauritaniens en Suède
- Coordination des Associations et Collectifs des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal
- Le Parti des verts français.

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Toutefois et dans bien des cas (pas tous heureusement!), la fermeté des déclarations notamment des organisations internationales est fortement dépendante de l’évolution de la situation dans le pays objet du coup d’Etat. Si cela n’était pas le cas , comment expliquer les missions envoyées par ces organisations pour évaluer la situation et rencontrer les acteurs politiques? En effet, le commun des mortels, dirait qu’un coup d’Etat perpétré contre un régime démocratique, reconnu comme tel par toute la communauté internationale doit faire l’objet d’une condamnation ferme, sans équivoque et entrainer automatiquement les sanctions correspondantes. Si donc avant de condamner ou en condamnant, ces organisations envoient des missions sur place pour vérifier la « gravité » de la situation, elles en renverront prochainement d’autres pour constater la fin de cette situation. Dans un sens ou dans l’autre. Tout est question d’entériner un « ordre constitutionnel ».

Deuxième catégorie de déclarations : les soutiens mitigés et les soutiens sans faille

La plus spectaculaire de cette catégorie est sans aucun doute celle du Parti du Congrès Populaire Mauritanien qui non seulement soutient les putschistes mais va « S’opposer par tous les moyens légaux au retour de l’ex président Sidi ould cheikh Abdellahi »
Donc ce Parti, est déjà une milice prête à monter sur les remparts.

On retrouve dans cette catégorie le parti de l’Alternative qui « apporte son soutien avisé au Haut Conseil d’Etat (HCE) afin qu’il puisse asseoir, cette fois, sans improvisation ni précipitation, les bases saines et solides de la démocratie dans le pays. ». Notez bien le terme « avisé » qui incite à la collaboration.

Le Rassemblement pour l’Egalité et la Justice (REJ) : « Les forces armées mauritaniennes viennent de sauver le pays pour une deuxième fois en moins de quatre ans suite à une série de crises qui ont fortement secoué la nation toute entière et ses institutions depuis le 19 Avril 2007. »
Noter que ce parti, non seulement soutien mais trouve que le putsch vient sauver la nation. Deux en un.

Il en est de même de L’initiative pour l’Action Civique et le Contrôle Citoyen (IACCC) qui n’y va pas par quatre chemins : qui « tient à manifester son appui au changement qui s’est produit aujourd’hui à la tête de l’État, et sa solidarité avec le Haut Conseil d’État qui a été mis en place. ». Il ne s’agit plus ici de soutien, mais d’une étape nouvelle celle de la « solidarité » avec les putschistes. Le mot est rare pour ne pas être souligné. C’est d’ailleurs l’un des mots entrants dans la définition de l’action civique.

Viennent enfin les déclarations qui, dans cette catégorie, peuvent être qualifiées de « prise de note ». C’est le secrétariat démocratique, ou l’enregistrement spontané de l’histoire.

En effet, ces partis, à l’affut d’un changement en « ont pris acte ».

« Prendre acte », une formule toute faite qui permet de remplacer tout un discours. Elle peut remplacer avantageusement le fameux « Je vous ai compris » de De Gaulle mélangé avec le « soyez sincère, soyez brefs , restez assis » de Roosevelt.

De cette position se réclament le RFD et Hatem qui prennent acte et qui attendent des pourparlers avec la junte militaire.

Troisième catégorie de déclarations: les condamnations « consternées » mais d’acceptation du fait accompli.

Ces déclarations là, sont celles d’organisations qui expriment leur désapprobation, tout en acceptant le fait accompli. Leurs déclarations restent dans les généralités :

« Nous sommes profondément consternés par ce qui arrive en Mauritanie et demandons le retour le plus tôt à la légalité. »

On retrouve dans cette catégorie : la position de SOS esclavage : « Condamne, fermement, cet acte, qui viole, dans la contrainte, les usages de dépassement des contradictions selon les standards du compromis…Exhorte les initiateurs du putsch à initier des gestes forts et des garanties expresses, pour le retour, dans un délai précis, aux normes constitutionnelles. »

On condamne, mais ont veut que les choses changent avec de nouvelles élections.

La position du parti Sawab qui apporte d’ailleurs dans sa décalaration une formule rare mais pleines de style : « Tout en rejetant la prise du pouvoir par la force, nous trouvons irresponsable de ne pas reconnaître le nouveau fait accompli… ».

En somme, nous condamnons la force, mais si force il y a, il faut l’accepter. Une attitude que les grecs anciens mettaient sous la rubrique du stoïcisme. Mais un stoïcisme trempé aux « temps modernes » et dont la plus belle image est donnée par Jonathan Swift : « Cette méthode stoïque de subvenir à ses besoins en supprimant ses désirs équivaut à se couper les pieds pour n’avoir plus besoin de chaussures. »

Mais le parti se présente aussi dans une optique de bouclier contre toute intervention extérieure pour contraindre les putschistes, il complète ainsi le rôle qui à l’intérieur est déjà déclaré par le « Parti du Congrès Populaire Mauritanien » (voir plus haut). En rejetant toute intervention extérieure, appelle les nouveaux dirigeants, issus du coup d’Etat de mercredi, à accélérer la concertation et les échanges de vue avec toutes les formations et forces influentes, sans exclusive, « autour des meilleurs et plus sûrs moyens » pour revenir à la vie démocratique et constitutionnelle.

C’est aussi la position des Cadres Mauritaniens expatriés d’Espagne : « Demandons au conseil militaire de veiller au rétablissement de la démocratie dans les plus brefs délais, garantissant la participation de toutes les forces politiques, des organisations de la société civile et de tous les citoyens dans le procès politique. ».

Ainsi nos expatriés de la peninsule ibérique, entérinent et proposent même un programme pour les putschistes pour arriver à leurs fins…dans les plus brefs délais. Pas si simple. Michel Audiard en savait déjà quelque chose : « Que ce soit la révolution ou la paëlla, rien de ce qui est espagnol n’est simple. »

Puis arrive la déclaration de « Conscience et résistance ». C’est la seule organisation qui fait précéder ses déclarations et communiqués d’un titre de roman. Tout un programme. « l’ennemi dans soi », « Chronique d’une faillite sans alibi», « La trahison qui finira mal : où les masques tombent. » Pour en finir avec le nihilisme » etc. L’avant dernière fois c’était : « Epilogue à une querelle de chiffonniers ». Cette fois le titre est : « La devanture du système de domination craque ».

Conscience et résistance dénonce les errements du passé, demande la libération du Président et des personnes l’accompagnant, formule un ensemble de recommandations (lutte contre la corruption, sanction des tortionnaires etc.). L’organisation entérinerait le fait accompli si ses recommandations sont prises en compte. « Conscience et Résistance apporterait son soutien explicite au rétablissement des institutions (…) »

La palme d’or revient incontestablement dans cette catégorie à l’envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l’Afrique Occidentale, M. Said Djinnitt, qui déclare le 9 août à Nouakchott :

«La question qui se pose aujourd’hui en Mauritanie, c’est le retour à l’ordre constitutionnel et les conditions dans lesquelles, ce retour se fera le plus rapidement possible».
Comme quoi on peut entériner le putsch, et faire en même temps une réflexion incongrue.

Non ! M. Djinitt, personne actuellement ne se pose cette question. D’ailleurs elle n’est même pas d’actualité. Qui a dit que les Nations-unies sont « un machin » ?

Quatrième catégorie de déclarations : les observations « cyniques »

Il y en eut certaines, mais la plus spéctaculaire de ces déclarations « cyniques» est celle du vice-secrétaire général adjoint de la Ligue arabe Ahmed Ben HILLI envoyé à Nouakchott pour apprécier la situation et qui à l’issue d’une audience avec le président du Haut conseil d’Etat, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, samedi à Nouakchott, dit : « Je suis rassuré sur la situation calme et stable en Mauritanie et par le fait qu’il y ait ici des gens soucieux de l’intérêt de ce pays ».

Toutefois, il ne faut pas en vouloir à M. Ben Hilli, chaque fois que la Ligue arabe s’occupe de quelque chose ça foire.

Déclaration qui déclencha aussitôt un lever de boucliers du Front de défense de la Démocratie et de plates excuses du Secrétaire général de la ligue Arabe Amr Moussa.

Autre attitude dans cette catégorie mais qui est inattendue et celle du Président Sénégalais Wade qui dit le jour même du coup d’Etat :« J’ai conseillé au général Abdel Aziz de veiller sur la sécurité du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et de sa famille, ainsi que sur celle du Premier ministre Yaya Ould Ahmed Waqef » Et a promis de rendre compte à la Commission de l’Union africaine, « de la teneur de l’entretien téléphonique » qu’il a eu avec le général Abdel Aziz.

Cette attitude du Président Wade signifie tout simplement qu’il va lui servir d’intercesseur pour ne pas être condamné par l’Union Africaine.

Voici un pays démocratique voisin qui est l’objet d’un coup d’Etat et le Président Wade n’émet même pas une condamnation. Une condamnation qui se devait d’être automatique. Ce qui fit dire au général abdel Aziz lors de son entretien à El Jezeera que « les pays voisins de la Mauritanie comprennent la situation ». Wade est-il en train de s’inspirer de l’exemple mauritanien pour l’introduire dans les mécanismes du NEPAD ?

En conclusion, les coups d’Etat ne laissent personne indifférent, mais à l’examen des dizaines de déclarations et la dizaine de coups d’Etats déjà subis, ils révèlent, en Mauritanie une curiosité : Ceux qui sont pour et ceux qui sont contre finissent toujours par se rejoindre au point exact où leurs intérêts personnels ou de groupes, se croisent.

Et jusqu’à présent ce point a pour coordonnées : la capacité des militaires à résister et la capacité de leurs contradicteurs à tenir. Le reste fut affaire de temps et de moyens.

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L’expérience démocratique et la crise qu’elle traverse actuellement, vont-elles nous prouver le contraire?

Allons nous , à la fin de cette crise, nous replonger dans Montesquieu ou dans Machiavel?

Dans l’esprit des lois ou dans l’esprit des rois.

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Pr ELY Mustapha

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