Pour une métaphysique volontaire de la politique en Mauritanie

 Pour une métaphysique volontaire de la politique en Mauritanie El_Arby_Ould%20SaleckL’Islamisme renferme la plupart des signes d’inquiétude d’une Mauritanie qui se cherche et vacille entre la quête d’une modernité politique et l’attachement à une identité contestée et contestable par son instrumentalisation aux fins du pouvoir. Dans la constitution de ce qui ressemble à un Etat, la Mauritanie apparaît sous les traits imprécis d’une sous-banlieue lointaine du monde arabe et d’un faubourg gris de l’Afrique; point besoin n’est, donc, d’en recenser les handicaps à la naissance !

Les événements de ces derniers mois, avec l’assassinat de touristes français en décembre et les tirs d’armes sur la façade de l’ambassade d’Israël en janvier, suivis de la revendication, par une partie de l’opposition institutionnelle, de rompre les relations diplomatiques avec cet état, dévoilent l’impératif, pour notre génération et celle en devoir de forger une modernité transversale dans ce pays, d’une vigilance sans relâche.

Ici, la nécessité a, pour préalable, une sortie de la religion-carcan pour qu’enfin se lève et marche un peuple mauritanien « métaphysiquement démocratique ».. Pour reprendre une idée d’André MALRAUX, « Dieu n’est pas fait pour être mis dans le jeu des hommes comme un ciboire dans la poche d’un voleur ! »

En effet, dans le monde arabe en général et la Mauritanie en particulier, il ne nous échappe que les dirigeants, faute de légitimité populaire ou historique, ont toujours été enclins à en rechercher, de substitution ; leur choix, comme souvent chez les paresseux incapables d’originalité, se portait sur la religion. L’alibi-bouclier-prétexte confessionnel- ici l’Islam comme fondement de l’Etat, un concept étranger à la première Constitution en 1959 – recelait une trouvaille pour asseoir la médiocrité politique au sommet et permit, à partir du 10 juillet 1978 , de vulgariser le recrutement des cadres publics en fonction des critères de piété, de charité et de notoriété religieuse .

Le tribalisme aidant et l’arabisation conçue dans un esprit d’exclusivité facilitèrent le glissement vers une révision des codes de valeur, au détriment de la compétence, du mérite, de l’intégrité, conditions à caractère laïc et universel , nettement plus en vigueur sous le régime civil de Maître Mokhtar Ould Daddah, cette époque aujourd’hui lointaine où un fonctionnaire corrompu échouait en prison et rendait compte de son forfait, bon croyant ou pas.

Aujourd’hui, nous pensons que nul parmi nous ne peut se concevoir en tant que citoyen commandé par l’au-delà ! Quelles que soient nos divergences d’idéologie  – nombreuses au demeurant -nous œuvrons, en qualité d’hommes en situation, à créer et entretenir une communauté de destin sur le seul espace où nous pouvons vivre . Un mauritanien qui s’est empli les poumons de l’air et de la poussière de chez soi ne peut que survivre ailleurs. La cité de Dieu sur terre est étrangère à notre besoin congénital de liberté.
 
Ceux d’entre nous qui la réfutent justement au nom de l’authenticité n’acceptent pas de quitter le navire ; avec les barbus et leurs épigones, il nous faudra alors trouver une solution par quoi cohabiter. Hormis la démocratie pluraliste et apaisée, je n’entrevois d’autre formule viable. Reste la guerre ; en ce monde, nul n’a le monopole des armes, surtout pas la « maraboutiquerie » locale.  Entre mauritaniens, nous savons nos limites historiques. Notre mémoire est encore verte d’où la limpidité de son legs.
 
Mêler l’idée d’un Dieu à l’ordre de l’ici-bas semble un sacrilège au regard de la relativité humaine et un frein aux efforts déployés, ici et là, pour la libération de l’individu pionnier, novateur ou simple architecte d’un devenir indéterminable. Il y’a, dans l’idée de satisfaire aux injonctions du Ciel sur terre, une insolence et une vanité égales. Par bonheur, la vie et ses joies auront toujours le dernier mot, face aux censeurs ; ici, avant d’élever un minaret de la dérision – il suffit de les voir minuscules par le hublot d’un avion – à la gloire de la Toute Puissance, il importe de se demander quel crime l’on ne commet pas à oublier la subvention d’une école, d’un dispensaire, d’une salle de cinéma.

Nous étions nomades, pasteurs ou cultivateurs sobres ; l’Orient Arabe nous empoisonne depuis plus de deux décennies. Notre complication vient de ce mimétisme du mauvais goût. La Hassanité linguistique et esthétique est en train de s’y fondre, dérivant vers une copie consumériste où le discernement s’estompe sous le faix de la Marchandise. L’on s’endette pour rejoindre la Mecque et un tour à Dubaï rapporte de quoi racheter la créance. La norme conditionnelle – pas de pèlerinage sous crédit – se dissout  dans cette négociation  permanente entre la foi intime et le flot d’images des chaînes satellitaires arabes. Notre complication est une complexité qui puise dans la fertilité  du complexe  de ne pas être des sémites garantis. La seule manière de guérir d’une telle névrose, c’est finalement de se l’avouer.

Le prisme de la singularité mauritanienne dans la généralité du monde arabo-musulman est un balancement instable ; en oscillation entre la déperdition des foules attachées à l’artefact d’un salut d’après la mort et la refondation métaphysique et politique qu’il exige de nous, le mouvement représente le summum du dilemme dans la quête d’un avenir viable et spirituel sur terre.

La sortie de la religion dont il est question ici n’est pas une désertion de la croyance – l’une des expressions les plus abouties de l’Humanité – mais, plutôt, le dos tourné à un cadre où la religion commande la forme politique de la société, définit le lien social quotidien des citoyens et le rapport de la Mauritanie au reste de la mappemonde ; ce monstre dont il s’agit de s’émanciper frustre l’humain, le contraint dans son désir, l’oblige à tricher continument ou souffrir de transgresser.

Notre programme de démocrates consiste à abattre l’enceinte d’une religion structurante pour élargir l’espace de vie où elle existe à l’intérieur d’une forme politique qu’elle ne détermine pas ; l’objectif tient d’une pulsion impérieuse, en somme refonder le consensus social sur des bases séculaires contre le fanatisme et l’intolérance ; c’est une stratégie de légitime défense mais à visée offensive.

Oui, n’en déplaise au Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui se fit bâtir une mosquée dans le domaine du Palais et nous ramena à l’inefficace démagogie du vendredi jour de congé hebdomadaire, la laïcité frappe, poliment, aux portes délabrées de la République Islamique de Mauritanie. Nous sommes ravis de citer ce mot de raison, pour le dépoussiérer de son interprétation simpliste que renforcent les esprits conservateurs et réfractaires à la possibilité d’un futur dont l’homme serait l’acteur démiurge.

Nous le savons, quoique non étrangère au vécu de nos ancêtres sur ce sol, la notion comporte un sens hélas aux antipodes de la référence dominante en Mauritanie et en politique dans le monde arabo-musulman . La sécularisation est le cadre général d’interprétation de ce que nous avancions dessus  sous l’appellation de sortie de la religion-carcan et qui se concrétise par la séparation du politique et du religieux pour l’émancipation de la politique.

Nous voulons cantonner le spirituel et le culte dans l’ordre de la sphère privée et l’empêcher, ainsi,  de servir d’outil de privation, de contrôle, d’amputation  et de mort, entre les mains sanglantes du parti de la frustration que ses propres insatisfactions et délires conduisent à perturber le cours pacifique de la société. Notre loi fondamentale, que nous avons conçue et votée en toute conscience, pour les besoins spécifiques à notre destin en ce monde, devra subir une révision profonde afin de mieux cerner, sans concession, les contours du contrat social.

En vertu de cette séparation, le salut restera une affaire individuelle, la religion la société de l’homme avec Dieu et l’Etat la société des hommes entre eux. Dans cette perspective, la domestication de la religion par la modernité politique (démocratie) s’effectuera avec une mutation tacite du contenu de la foi… Dans l’effort de réduction-adaptation, la liberté du Citoyen couronnera l’échelle des valeurs et la figure de l’Etat en protégera l’usage, s’il le faut hors du champ de l’invisible.

La rupture ainsi esquissée, nous la souhaitons, l’appelons de nos vœux, voire l’exigeons pour que la Mauritanie s’affranchisse du bricolage bédouino-marchand que symbolique le scandale désormais courant d’une mosquée entourée de boutiques.

L’indépendance d’un peuple, se mesure un peu à la capacité de ses dirigeants à expérimenter, avec audace, des visions claires, lesquelles ne retiennent, en dernière instance, que les intérêts pratiques de la population. Oui, les collectivités citoyennes n’ont pas de religion mais des défis temporels. Dans le lexique de nos élites, ces terminologies agissent comme une soupape de sécurité à la médiocrité depuis longtemps domestiquée au point de devenir le naturel du chasseur revenant au galop.
 
Certes tardive, l’oraison funèbre d’une politique de la Mauritanie axée sur un Orient divin, loin des souffrances de la majorité des citoyens, doit être prononcée après l’enterrement des 4 touristes assassinés en décembre 2007 aux environs d’Aleg.
Le pays entre dans une phase de l’histoire où toute communauté dépourvue des moyens de traiter ses contradictions se condamne à régresser. Si nous dédaignons de nous réapproprier, à reculons, le passé sombre des autres que nous tenons pour frères, nous contribuerions, de facto, à la métamorphose de l’Espèce vers davantage d’autonomie et de prévoyance. Paradis ou enfer, ici, maintenant, nous ne sommes encore que des ressortissants de la vie concrète.

El Arby OULD SALECK ,
Docteur en Science Politique,
 Paris, France

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