Quelques aspects de la littérature Pulaar

  

 

La littérature Pulaar telle qu’elle se présente aujourd’hui peut être considérée comme le résultat d’une longue et lente transformation de courants culturels nés du fleuve et de la savane, des forges et des métiers à tisser, de la guerre et des confrontations aussi.
La littérature Pulaar, essentiellement orale, est avant tout musique et chant.
Elle est en suspension dans l’atmosphère transparente des soirs de clairs de lune.
Elle fait corps avec les longues chaînes des métiers à tisser et les plafonds enfumés des ateliers de forgerons.
Satirique ou dithyrambique, épique ou élégiaque, le poème est chant.

 La légende se raconte sur fond de musique. Et le conte s’accompagne de douce mélopée ; chants  » de mode  » qui volent de village en village et, comme des éphémérides, naissent et meurent au fond des campagnes d’une  » saison  » à l’autre ; chants d’amour exclusifs aux jeunes, qui sont autant d’hymnes à la vie et dont les paroles sont à peu près invariables depuis des siècles, chants d’épopée et de guerre qui mettent la tête en fièvre et explosent parfois au fond du cœur comme des charges de dynamite.
Le patrimoine littéraire Pulaar est très riche et varié.
Nous en aborderons les formes suivantes :

- Le Dillere
- Le Pekaan
- Les Keronde
- Le Gumbala
- Le  Leele
- Le  Jaanis

Le Dillere :

Chants des  » maabube (tisserands de métier et de tradition), le Dillere est, sans doute, la partie la moins connue de la littérature Pulaar.
Les vieux groupes sociaux maabube ont la solide réputation de milieux fort attachés aux  » sciences occultes  » (mauvais sort, envoûtement, etc….) lesquels sont intimement liées à l’apprentissage du métier, un peu plus fiers que la moyenne des  » Haalpulaar en « , pointilleux et susceptibles dans leurs rapports internes, prompts à voir l’insulte dans tout geste ou propos désobligeant, ces hommes maniaient autrefois, les formules magiques avec la promptitude du pêcheur armant son harpon ou du guerrier caressant la culasse de son fusil.
Les rivalités étaient nombreuses et les concurrences fréquentes (recherche de la main d’une même jeune fille, promesse dans le tissage, etc.
Alors, un maabo inspiré et doué chante les prouesses nées de ces duels et c’est le Dillere.
Les bons maabube sont tous plus ou moins généalogistes, métier oblige.
En effet, conçu d’abord pour louer, le  » Dillere  » et avant tout une affaire de généalogie.
La filiation du héros, remontée jusqu’aux époques les plus reculées, est débitée à vive allure avec des enjolivures et le panache qui dépendent des dons personnels du poète.
Le chanteur du Dillere doit aussi être doué pour les  » jaraale « , ces formes poétiques spécifiquement Pulaar et qui apportent un souffle poétique plus ou moins fort à l’ensemble ; car le Dillere ne serait qu’une sèche énumération de noms de personnes, sans ces éléments quelque peu lyriques.

Le chanteur du Dillere le plus connu aujourd’hui est Oumar Gafo de Jowol.

Le Pekaan:

Le pekaan désigne l’ensemble des chants pour les soubalbe (pêcheurs).
Il est donc, aux pêcheurs ce que le Dillere est aux tisserands.
Contrairement aux kerode et au Dillere, restés dans leurs strictes limites originelles, le pekaan s’est hissé au rang supérieur de patrimoine littéraire de la communauté Pulaar dans son ensemble.
Le pekaan est né des rapports entre l’homme et la faune aquatique, dont il a gardé le caractère dramatique originel.
Ce genre littéraire est étroitement lié au nom du poète Gellaay Aali Faal.
Il semble même que le pekaan entier est l’œuvre exclusive de Gellaay.
En effet, à côté de la légende élégiaque de Seeku Bali, l’aventure tragi-comique de Balla Jeerel, de la légende de Hamme Birom Moodi Komeh, du drame du N’Gari dans la mare et de l’aventure de la Falémé, il n’y a les extraordinaire évocations personnelles du poète : Description des berges du fleuve au moment des crues, tableau du caïman au repos dans la solitude pré crépusculaire qui baigne les bords du fleuve, etc.
La plupart des chants de Gellaay sont heureusement enregistrés sur bandes magnétiques grâce auxquelles le pekaan qui va, sans doute, se pétrifier dans sa forme actuelle, ne mourra pas.

Les Keronde ou Kerode :

Chants des chausseurs, les kerode sont ces longs et beaux poèmes qui fleurissaient, autrefois en milieu rural toucouleur.
Le sens du mot keronde est très controversé tout comme d’ailleurs  » kerode  » qui passe pour son synonyme.
Kérouta est l’un des plus grands interprètes des kerode.
C’est sans doute aussi l’un des rares poètes, si non le seul qui chantait en s’accompagnant du  » mbaggu « , ce petit tam-tam spécialement conçu pour animer les séances de lutte et qui, pour la circonstance, s’appelle  » mbaggu raddo «.
Il lui arrivait de chanter accroupi à l’ombre d’un arbre en pleine chasse lorsque l’adresse faisait défaut ou l’ardeur mollissait devant un gibier particulièrement insaisissable, ou encore le soir lorsque la troupe de chasseurs prenait un repos mérité dans le calme d’une clairière.
Les kerode meurent lentement dans nos campagnes et risquent de sombrer dans l’oubli quand se fermeront à jamais les yeux des derniers survivants de cette forme littéraire dont les poèmes ne sont plus que les murmures indistincts des souffles de vent à l’orée des bois maigres.

Le Gumbala :

Ce sont les chants à caractère guerrier des sebbes (guerriers à l’origine), qu’on appelle aussi  » kontimpâdji « .
.Le Gumbala est la littérature héroïque, par excellence, littérature guerrière, poèmes épiques, bellicistes à leur origine.
C’est l’hymne à la bravoure et plus encore, au courage et à l’adresse.

Les thèmes du  » Gumbala  » sont très variés.
Il n’y a de la geste, de l’évocation historique, de la description parfois surréaliste du champ de combat, de l’éloge personnel aux grandes figures disparues comme aux généreux bienfaiteurs vivants.
Étudier le Gumbala actuel c’est se référer aux œuvres de ceux qui l’ont chanté : Samba Diop, Amadou Koly, Abdoul Kanny, Samba Mariam, etc.

Le Leele:

Le Leele est une pratique discursive Pulaar ayant pour auteurs des professionnels de la parole, des créateurs nourris de la culture arabe.
Le Leele dont l’étymologie est assez controversée (de l’arabe Leyl  » nuit  » selon certains ou Leila, nom de femme très chantée par les poètes de la Jahiliya, selon d’autres), s’inspire de la poésie antéislamique et lui emprunte certains traits caractéristiques : évocation lyrique de la femme, de la nature, pérégrination à travers de nombreux lieux, etc.
Le Leele est un genre récent (apparu au 19ème siècle en Afrique occidentale) fortement influencé par la poésie arabe antéislamique, où se mêlent l’arabe et le Hassaniya et où l’évocation lyrique de l’amour tient une place centrale.
Comme en poésie Hassaniya, les spécialistes du Leele maîtrisent parfaitement le terrain : ils savent ce qui caractérise chaque terroir à telle enseigne qu’on peut facilement deviner le nom du lieu à travers la description que le poète en fait.

Le Jaanis :

Le Jaanis provient de la rhétorique arabe qui signifie allitération, calembour, assonance, paronomase.
C’est une forme moins répandue que le Leele et qui ne porte pas sur un sujet précis, qui un trope érige au rang de genre.
La fonction fondamentale du Jaanis est laudative.
L’influence de l’islam sur la culture Pulaar ancestrale a été si profonde qu’il paraît impossible d’imaginer un discours qui n’ait pas subi son influence.

 

 

 



5 commentaires

  1. caratini dit :

    Bonjour
    Je cherche des poèmes haal-pulaar mais… traduits en français. Est-ce que vous savez où je peux trouver ça? Traditionnels et modernes, les deux.
    J’écris la biographie d’un vieux monsieur de Boghé, aujourd’hui décédé, et dont j’ai enregistré la vie il y a deux ans. Comme il n’est plus là je suis un peu démunie, et je voulais rythmer mon livre par des vers anciens et modernes, ou des proverbes, des choses qui seraient littéraires et auraient du sens par rapport à cette culture, ses traditions et ses tragédies contemporaines

  2. Afogalle dit :

    Je confirme mon adresse : amagueye@gmail.com

  3. Bah Daahiiru Galo Sammba dit :

    caggal calminaali e jaarnude on e cemmbin de on e wiide njokkee golle men kon hattanteebe jaambareebe tiidnaare e mon yoo juut ! Bah Daahiru Galo Sammba gorko mo wuro mbaaybe e falnde kayhaydi gorgol Ton: 00 222 654 62 89 walla
    205 58 78
    On njaaraama

  4. Csv1986 dit :

    Allo,

    Il fait beaucoup de temps que je suis a la recherche des légendes du Sénégal, mais je n’ai rien trouvé. Est-ce que vous connaisez des légendes traditionelles du Senegal?

    Merci beaucoup!!!!

  5. SECK dit :

    je voudrais savoir où je peux me procurrer ce livre de Tène Youssouf Gueye svp? Merci d’avance

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